Prêche de Cheikh Docteur Khalid Al-Hanafi:
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Leçons d’intégration tirées de la première émigration
La situation des musulmans d’Occident est semblable à celle des musulmans qui émigrèrent vers l’Abyssinie.
En effet, ils constituaient une minorité (moins de quatre-vingt compagnons, dont quelques femmes) au sein d’une majorité non-musulmane, sous une autorité et une législation non-islamique, tout comme les musulmans vivant en Occident de nos jours.
C’est la raison pour laquelle nous allons nous pencher sur quelques aspects du récit de la première émigration :
Dans un hadith authentique rapporté par l’Imam Ahmed, Oum Salam, l’épouse du Prophète sws raconte : « En Abyssinie, nous fûmes hébergés par le meilleur des voisins (le Négus). Il nous garantit une liberté de culte ; nous adorions Allah sans être inquiétés et sans entendre de paroles déplaisantes.
Lorsque Qouraych eut vent de ceci, ils décidèrent d’envoyer au Négus deux émissaires très diplomates et de lui offrir les présents les plus prisés de la Mecque. Ils dépêchèrent donc AbdAllah ibn Abi Rabi’a et ‘Amr ibn Al-‘As. Ceux-ci s’adressèrent au Négus en ces termes :
« Ô Roi, certains faibles d’esprit parmi les nôtres se sont réfugiés dans ton pays. Ils ont délaissé la religion de leur peuple et n’ont pas embrassé la tienne. Ils ont innové une religion que nul ne connait, ni toi, ni nous. Nous sommes venus te sommer de les renvoyer dans leur pays. »
Mais le Négus refusa et exigea de les entendre. Ja’far ibn Abi Talib représenta les musulmans et parla en leur nom. Voici ce qu’il répondit au Roi qui l’interrogea au sujet de la Religion apportée par Mohammed sws : « Ô Roi, nous étions un peuple ignorant, nous adorions les statues, nous mangions les charognes, nous nous adonnions aux pires perversités, nous rompions les liens de parenté, nous ne respections pas notre voisinage, le plus fort d’entre nous asservissait le plus faible. Tel était notre état jusqu’à ce qu’Allah nous envoie un Messager dont nous connaissons la noble lignée, la véracité, l’honnêteté et la chasteté. Il nous convia à l’adoration d’Allah l’Unique, nous exhorta à toujours dire la vérité, à rendre les dépôts, à maintenir les liens de parenté, à respecter nos voisins, à nous détourner des interdits et à ne pas porter atteinte à la vie d’autrui. Il nous défendit de nous adonner aux turpitudes, de proférer des obscénités, de consommer l’argent de l’orphelin et d’accuser les femmes chastes. Il nous ordonna d’adorer Allah sans rien lui associer, d’accomplir la prière, de donner l’aumône et de pratiquer le jeûne. »
Le Négus lui dit alors : « Connais-tu quelque chose de ce avec quoi Allah l’a envoyé ? » Lorsqu’il affirma que oui, le Négus lui demanda d’en réciter une partie. Il se mit à psalmodier le début de la sourate Mariam.
Oum Salama commenta : « Par Allah, lorsqu’ils entendirent ce qu’il leur récitait, le Négus pleura à en tremper sa barbe et ses évêques pleurèrent au point de mouiller les parchemins. »
Le Négus déclara ensuite : « Par Dieu, ceci et ce qui a été révélé à Moïse sont comme deux rayons émanant d’une même lampe. Allez-vous-en ! Par Dieu, je ne vous les livrerai jamais ! »
Mais ‘Amr ne se découragea guère de ce premier échec et revint vers le Roi déclarant : « Ils disent des énormités au sujet de Jésus fils de Marie ! » « Que dites-vous au sujet de Jésus fils de Marie ? » s’enquerra le Négus. « Nous disons de lui ce que nous a enseigné notre Prophète, répondit Ja’far. Il est le serviteur d’Allah, son messager, son esprit et son verbe insufflé à la vierge Marie. »
Le Négus leur dit alors : « Allez en paix, vous êtes en sécurité sur mes terres. Quiconque vous insultera aura à payer une compensation. »
Ceux qui étaient venus à lui s’en retournèrent humiliés, repoussés. Quant à nous, nous demeurâmes auprès de lui, dans la meilleure contrée, avec le meilleur voisin.
Puis Oum Salama rapporte que le neveu du Négus se rebella contre lui et lui disputa son trône. Ils furent accablés de cette nouvelle et fortement attristés, craignant qu’il n’ait raison de son oncle. Les Compagnons émigrés décidèrent d’envoyer un des leurs aux nouvelles. Az-Zoubayr ibn Al-‘Awwam se proposa. Ils lui construisirent une bouée afin qu’il traverse le Nil pour rejoindre le champ de bataille. Pendant ce temps, les Compagnons invoquaient Allah de donner la victoire au Négus et de lui assurer la stabilité en son royaume. Alors, lorsqu’Allah lui accorda la victoire, anéantit son ennemi et fit prospérer son royaume, les musulmans éprouvèrent une joie inégalable.
Il est également rapporté que ‘Oubaydou-lLah ibn Jahch se convertit à l’Islam puis émigra avec les musulmans en Abyssinie, en compagnie de sa femme Oum Habiba fille d’Abou Soufiane. Mais une fois en Abyssinie, il délaissa l’Islam et embrassa le christianisme. C’est ainsi qu’il mourut chrétien et que le Prophète sws épousa sa veuve, Oum Habiba, Ramla fille d’Abou Soufiane.
Les principales leçons à retenir de ce récit :
1) Il est permis de résider dans un pays non-musulman tant que le musulman ne craint pas pour sa religion.
En effet, les Compagnons émigrés demeurèrent sept ans en Abyssinie après l’établissement d’un état islamique à Médine (qui annihilait la raison de la première émigration). La preuve figure dans la parole du Messager d’Allah sws : « Je ne sais guère ce qui me réjouit le plus : la prise de Khaybar ou le retour de Ja’far. » (Or la prise de Khaybar eut lieu en l’an 7 de l’Hégire).
2) Le devoir de choisir le plus compétent pour représenter les musulmans et dialoguer avec les autorités et d’élire une institution représentant les musulmans.
Les musulmans ont élu Ja’far pour les représenter et dialoguer avec le Négus, et nul ne s’opposa à son autorité, comme c’est le cas en Occident, où les institutions « représentant » les musulmans se multiplient. Non, Ja’far lui, fut élu seul, à l’unanimité, car il était de loin le plus compétent tant par son intelligence et son prestance que par sa noblesse et sa lignée, ou encore par son éloquence, sa clarté, son rang ou le respect qu’il inspirait. Témoigne de toutes ces qualités la parole de l’Envoi d’Allah sws à son égard : « Tu me ressembles en apparence et en caractère. »
Cela nous conduit à cette interrogation : Qui de nos jours représente les musulmans auprès des autres ?
3) Avoir un discours concis, aux expressions choisies soigneusement, en insistant sur les points communs et délaissant les sujets de divergences.
Ja’far montra au Négus comment Mohammed avait pu transformer des gens ignorants, s’adonnant aux pires perversités en des croyants aux mœurs louables. Or, quel roi ne souhaiterait amener son peuple à suivre ces valeurs ? Ja’far ne chercha point à le provoquer ni à le mettre en colère en évoquant les sujets de divergences dogmatiques qui existent entre chrétiens et musulmans. Les minorités vivant en Occident doivent garder cet enseignement à l’esprit : lors de leurs débats avec les autres, ils doivent se concentrer sur les points de concordance.
4) Préserver nos principes immuables :
A ce sujet, il est rapporté qu’en entrant à la cour du Négus, Ja’far ne se prosterna pas comme c’était l’usage. Lorsqu’on lui demanda pourquoi il ne s’était pas prosterné comme l’avait fait les autres, il répondit : « Notre Prophète nous enseigna de ne nous prosterner que devant Allah. »
Ceci nous démontre qu’il n’est pas permis au musulman de délaisser certains de leur principes fondamentaux et immuables au nom de l’intégration ou pour paraître plus civilisé aux yeux des autres.
Il ne sied pas au musulman de renier ses principes les plus profonds en se donnant ce genre d’excuses. Ja’afar devant le Négus ne s’est pas dit : « Ce n’est qu’une seule prosternation, afin d’assurer notre sécurité en Abyssinie ! »
5) La participation active du musulman aux affaires de son pays aux côtés des non-musulmans
Ceci est illustré par le récit d’Oum Salama mentionnant le neveu du Négus qui se révolta contre lui. Elle rapporte la tristesse des Compagnons en apprenant la nouvelle, puis leur joie lorsque le Négus triompha. De même, ils envoyèrent Az-Zoubayr soutenir le Négus et lui rapporter des informations sur le camp adverse. Ceci réfute l’argumentation de ceux qui prétendent que le principe de « l’aveu et le désaveu » interdit au musulman de se réjouir avec ses concitoyens non-musulmans et de participer avec eux à la prospérité de leur pays. Cela prétendent qu’il est seulement permis aux musulmans de prendre et pas de donner, de jouir des richesses sans contribuer à leur renouvellement. Voilà une logique absurde, contestée par le Coran, rejetée par la Sira du Prophète. Allah le Très-Haut dit : « Y a-t-il d’autre récompense pour le bien que le bien ? » (Ar-Rahman, 60)
6) La dérive de certains musulmans n’est pas un prétexte remettant en cause l’existence de minorités en Occident.
En effet, ‘Oubaydou-lLAh ibn Jahch apostasia et mourut chrétien. Cependant, cet événement ne poussa nullement le Prophète sws à prendre des mesures particulières.